Thème d’année 2018

Riches avec Marie, la Vierge des Pauvres

Qui êtes-vous, Belle Dame ? demande Mariette lors de la troisième apparition, le 19 janvier 1933. Je suis la Vierge des Pauvres répond la visiteuse. Voilà un nom nouveau qu’on n’avait jamais donné à la Vierge Marie. Par-là même, la Belle Dame venait à la rencontre de tant de personnes qui souffraient de la situation économique désastreuse quatre ans après le krach boursier de 1929. Mais il y a bien plus que cela…

Bien des années plus tard, quelqu’un disait à Mariette : Au fond, la Vierge a fait le bon choix puisqu’elle s’est montrée à l’aînée d’une famille pauvre. À quoi Mariette répondait : Nous n’étions pas pauvres : papa avait du travail et il nous avait construit une petite maison. Ceux qui ont du travail et une maison ne sont pas pauvres. Ici, nous pouvons percevoir la sincérité et le bon sens qui ont toujours caractérisé Mariette Beco. Sa famille n’était pas dans la misère ; elle vivait modestement.

Pauvreté et misère

Comme beaucoup de personnes, Mariette semble penser que pauvreté et misère signifient la même chose. Le pauvre serait le misérable. Régulièrement, la Bible abonde aussi dans ce sens. Pourtant, il y a lieu des distinguer : pauvreté et misère ne sont pas toujours synonymes. Ainsi, saint Thomas d’Aquin affirme que le pauvre dispose de ce qui est nécessaire pour vivre et se passe (ou doit se passer) du superflu. Le misérable, lui, est privé de ce qui est nécessaire à la vie. Mahatma Gandhi le dit à sa façon : Il faut éradiquer la misère et cultiver la pauvreté. Chaque homme devrait pouvoir disposer de ce qui est nécessaire pour une vie décente, et la misère est un réel scandale, car une minorité accumule le superflu et prive la majorité de mener une vie digne. Les injustices sont criantes et insupportables.

Pauvreté et richesse, misère et luxe deviennent ainsi des réalités et des thèmes à envisager ensemble. Dans les évangiles, ils ont une place de choix. Mais les Actes des Apôtres, les lettres de Paul, Jacques et Jean les évoquent également avec insistance. Et même l’Apocalypse n’est pas en reste.

Les deux voies

L’évangéliste saint Luc a sans doute été le plus sensible à la question. Chez lui, les mises en garde contre le piège des richesses, en particulier de l’argent, sont fréquentes. Et son discours dans la plaine –le pendant lucanien au sermon sur la montagne de Matthieu– s’ouvre par quatre béatitudes, suivies par quatre malheurs qui leurs sont opposés. Heureux vous, les pauvres, le Royaume de Dieu est à vous. … Mais malheureux vous, les riches, car vous tenez votre consolation (Lc 6, 20b.24).

Ici, Jésus s’inscrit dans ce que les Écritures appellent : les deux voies. Chaque être humain se trouve à un carrefour et doit choisir son chemin. L’un conduit à la vie et au bonheur, l’autre à la mort et au malheur. J’en prends à témoin aujourd’hui contre vous le ciel et la terre : c’est la vie et la mort que j’ai mises devant vous, c’est la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui (Dt 30, 19s). Faites donc le bon choix, prenez le bon chemin, nous dit le Seigneur avec force. Jésus fait sien ce conseil d’ami quand, dans le sermon du la montagne, il insiste : Entrez par la porte étroite. Large est la porte et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et nombreux sont ceux qui s’y engagent ; combien est étroite la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent (Mt 7, 13s).

À contre-courant

La Vierge des Pauvres vient nous prendre par la main pour nous conduire sur le chemin de la vie et du bonheur. Elle veut nous faire découvrir un trésor inestimable. Ainsi, nous pouvons devenir riches avec Marie, la Vierge des Pauvres.

Ce nouveau thème d’année pour la saison des pèlerinages 2018 nous permettra de mettre les points sur les i et d’évacuer ainsi de nombreux malentendus.

Pauvreté et misère ne sont pas toujours synonymes. Il faut sans aucun doute combattre la misère afin de permettre à chacun de vivre décemment. Que d’initiatives et de combats menés depuis 2000 ans au nom du Christ et de l’Évangile !

Pauvreté et richesse : voilà une question de vie et de mort pour la planète, pour l’humanité, pour le destin de chaque personne.

Certains choisissent délibérément la pauvreté, vont jusqu’à épouser « Dame Pauvreté » afin de manifester qu’ils ont découvert un trésor qu’ils portent dans des vases d’argile.

Oui, nous le croyons : ceux qui se laissent rejoindre et conduire par la Vierge des Pauvres seront comblés bien au-delà de leurs besoins et de leurs attentes. Souvent, elle nous conduit sur un chemin qui va à contre-courant et fait découvrir des trésors qui restent cachés aux yeux de beaucoup.

Abbé Leo Palm,
Recteur